Monsieur le directeur de la (res)source humaine,

C’est avec infiniment de regrets et de déception que je me vois contrainte de refuser votre offre de poste d’assistante vendeuse.

En effet, malgré les progrès de la science et les 4 pilules dont je m’accommode tous les jours,  suivant en cela les prescriptions de notre ministre, Mme Bachelotte , la nature (cette traitresse) a repris le dessus et m’a  fécondée à l’insu de mon plein gré, en dépit de tous les dégâts écologiques et physiques que cela engendre, et au mépris des dangers que cela fait encourir à notre planète.

Dans votre infinie générosité, vous avez jugé bon de m’offrir ce poste à 200 kms de chez moi payé 30% de moins alors que je n’en étais manifestement pas digne. Précurseur et visionnaire, notre vénérée entreprise a su s’affranchir de ces règles mesquines et archaïques héritées des combats de passéistes rétrogrades et irrécupérables (voire réactionnaires, si je puis me permettre cette grossièreté !) qui stipulaient qu’une maman devait retrouver son travail et sa rémunération à son retour de congé maternité…quelle règle stupide et complètement dépassée à l’heure de la mondialisation heureuse et de la concurrence libre et non faussée ! Un tel carcan devrait absolument être aboli afin que le salariat épanoui puisse faire preuve de sa flexibilité sans limite, et je compte bien sur notre bon président Sarko 1er pour mettre un terme à ces entraves insupportables au libre exercice du marché ! Je suis donc extrêmement sensible au fait que, dans votre grande mansuétude, vous daigniez m’offrir ce poste d’assistante (en lieu et place de mon précédent poste de responsable de magasin) malgré l’énormité de ma faute!

Malheureusement, mon mari vient d’être licencié car il a eu un mot malheureux envers l’un de ses supérieurs (il lui a rétorqué« casse toi pauvre con ») et il doit désormais passer quelques mois dans un centre de ré-adaptation sociale, [ce qui lui fera le plus grand bien ! quelle honte pour notre monade urbaine que ce manquement inexcusable à la plus élémentaire règle de déférence envers la race des saigneurs ! je m’excuse d’ailleurs d’évoquer cette déchéance morale dans ma lettre]. Son placement en centre ne me laisse cependant guère le choix et je ne pourrai plus compter sur lui pour participer à la gestion de nos 3 enfants dont le bébé que j’ai eu l’impardonnable impertinence/mauvaise fortune de mettre au monde il y a 2 semaines. A ce propos, l’exemple de Mme Dati a été un profond soutien, un encouragement et un exemple dans cette mauvaise passe où j’aurais pu ressentir une pulsion maternelle dépassée quant au sort de ce nourrisson.  Suite aux lois d’euthanasie votées par le parlement et le Sénat l’année dernière, nous avons procédé à la termination de nos parents respectifs, qui représentaient  une très lourde charge pour la société et mettaient en péril notre système de Sécurité Sociale déjà fortement endetté.

Du fait de l’absence de mon conjoint et de toute parentalité,  je ne pourrai donc à mon grand regret assumer matériellement le poste que vous me proposez si généreusement car  il prévoit une amplitude horaire de 9h, soit de 7h le matin jusqu’à 19h le soir, avec 2 coupures de 1h30 chacune en cours de journée. Je vous remercie du fond du cœur d’avoir eu la générosité et la décence de me proposer ledit poste et me sens bien ingrate de faire fi de votre générosité et de  votre mansuétude, mais, compte tenu des temps de trajet, sauf à abandonner ma progéniture de 5h30 le matin à 21h30 le soir (je sais que cette attitude témoigne d’un égoïsme déplacé à notre époque , et je suis une thérapie pour me débarrasser de ces réflexes ataviques surannés), je ne peux donner suite à votre proposition.

Je vous prie donc de bien vouloir accepter ma démission librement consentie, n’étant manifestement pas à la hauteur des espoirs que vous placiez en moi. J’effectuerai bien entendu ma période de préavis sans être payée, en expiation de mon pêché et de mon manque de loyauté à votre égard.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le directeur des (res)sources humaines, l’expression de mes humbles salutations.

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2 réflexions sur “une démission ordinaire

  1. @Olympe, c’est une histoire ! Pas de l’IRL ! mais ça risque de devenir la réalité pour beaucoup d’entre nous sous peu si le nain continue à déchiqueter les acquis du CNR et de ceux qui se sont battus avant lui…juste un avant-goût de ce qui adviendra aux femmes demain…

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